Degemer mat Sandrine,
encore un fil intéressant par ici.
Je vais apporter ma petite pierre :
je suis actuellement en BP REA maraichage, en plein stage pratique. Pour info, je suis à Crédin (chambragri 56) mais je ne pense pas qu'il y aura beaucoup de différence selon le centre de formation.
La Chambre d'Agriculture ne voit pas d'un bon oeil la Bio (ils te diront le contraire mais je pourrais te renvoyer vers un article d'un certains président de chambre d'agriculture de la haute loire qui t'en dira plus que tous nos discours respectifs^^), la permaculture, non plus que tout projet qui se situe en dehors de "leurs clous", et çà peut tout à fait se comprendre et même se défendre. Donc la permaculture, a fortiori l'agriculture naturelle, tu oublies... au moins pendant toute la durée de ta formation.
Tu pourras en discuter avec d'autres stagiaires, si tu es dans une bonne session (ce qui est mon cas), éventuellement avec les exploitants que tu rencontreras ; avec ton tuteur et / ou maître de stage, çà risque de tourner assez court -pas toujours, là aussi j'ai de la chance, les miens sont ouverts mais pas dans le "trip" ; avec les formateurs tu obtiendras au mieux un sourire complaisant - permaculture -, un regard surpris -agriculture naturelle, c'est quoi çà-, un regard ahuri si tu évoques l'agriculture sauvage (autre appellation pour la même chose : Fukuoka non-agir, le terme a changé après "la révolution d'un seul brin de paille").
Rentrons un peu dans le détail pour expliquer le pourquoi :
Le BP REA, option maraichage Bio est un diplôme qui va sanctionner ton aptitude à diriger une exploitation agricole. Les critères (principaux) retenus seront ta capacité à gérer administrativement la structure (statut, impôts, salariat, gestion, fiscalité, etc.), ta capacité à savoir produire des légumes, éventuellement des PAM (Plantes aromatiques et médicinales) et des petits fruits ; ta capacité à obtenir des rendements qui te permettront de vendre suffisamment pour dégager un revenu correct, des techniques de ventes, des choix commerciaux qui te permettront d'assurer une bonne et durable -dans le temps- distribution de ta production ; ta bonne maîtrise des principales opération culturales sur les différentes productions maraichères et sur le travail du sol... (nous y arrivons

).
C'est donc un diplôme qui sanctionne une formation qui :
- Ne fera pas de toi une maraichère, mais te donnera les bases pour le devenir ;
- Fera de toi un bon chef d'exploitation (débutant) ;
- S'oppose en de nombreux points à la permaculture et à l'agriculture naturelle.
Ici nous sommes à l'inverse du non-agir :
L'A. Bio c'est tout sauf çà.
Ici nous n'oeuvrons pas pour créer une structure aussi autonome que possible, mais une structure spécialisée, intensive qui va puiser autant qu'elle peut dans le sol afin de produire au maximum.
Les objectifs sont clairs : rivaliser avec le conventionnel en terme de production (quantitatif et qualitatif), dégager du revenu pour l'exploitant.
Tous te le diront : le BRF, çà ne fonctionne pas ; le non-labour, non plus ; les associations de cultures, éventuellement en jardinage, en aucun cas en maraichage -notes bien cette différence entre les deux termes car elle compte- ; le paillage naturel est inefficace, pour rentabiliser ton entreprise il faut produire hors saison, etc.
Notes que je ne porte pas de jugement hein : chacun est libre de son opinion sur chacune de ces techniques prises individuellement ou collectivement. M) où je veux en venir c'est que le maraichage est une activité d'agriculteur qui vise l'intensivité et ne peut tenir ses objectifs que par un certain nombre de moyens :
- Intrants (fumiers, compost et autres "importations"), tant qu'ils respectent le cahier des charges Bio (en gros d'origine organique, par opposition à synthétique ET nourrissant non pas la plante, mais le sol). La vie du sol c'est tout un sujet... (c'est même au coeur du sujet selon moi, mais je ne vais pas trop me disperser ici). Et c'est logique, vu la densité des production, la quantité de matière exportée ne peut pas être compensée par le système environnant. En permaculture ou en agriculture naturelle, on peut compter sur l'activité arboricole pour compenser les "exportations". Ici on e peut pas, on n'a ni le temps, ni la surface, ni la formation pour le faire. Et de toute façon ce n'est pas rentable... car le rendement se mesure à la quantité produite rapporté à la surface exploitée (les impôts aussi dans certains cas...)
- On ne peut pas mélanger les cultures car le temps de récolte et d'entretien devient vite vertigineux et est très vite le principal ennemi, car très couteux. Même dans les conditions actuellement de l'activité maraîchère c'est un poste intenable, comme le dit autrevie dans un autre fil, être maraîcher c'est être esclave et je suis assez d'accord sur le fond.
- Les rotations, pourtant essentielles, sont très difficiles à tenir et la plupart des maraîchers n'arrive pas à s'y tenir. Conséquence...
- Les maladies, affaiblissements des plantes avec leur cortège d'infestations, de champignons et autres problèmes qui inciteront à l'usage de la phyto. Une phyto strictement limitée et réglementée, rien à voir avec les pesticides des conventionnels... encore que et néanmoins car : certains traitements se font en préventif et deviennent pour les plus industriels des Bio de l'ordinaire -j'ai le droit à tant donc je traite jusque tant-, Bio, d'origine organique ne signifie pas sans incidence. C'est une grave erreur que de le penser, une erreur que trop de personnes font. Il existe - de moins en moins- des traitements phyto bio particulièrement agressifs, à tels point que certains ont fini par être interdit en Bio ET en conventionnel, c'est dire...
- Pour limiter tout cela, le maraicher aura recours, en vrac et sans être exhaustif, à deux outils principaux : la mécanique via le bon vieux tracteurs plein de chevaux, avec tous ses outils de labour et le plastique via le "paillage plastique, les serres plastiques, les emballages plastique, les crochets, fils rames et autres petits objets plastiques en tout genre.
- Ensuite on pourra évoquer l'utilisation des terreaux, des semence hybrides F1, qui n'ont rien de durables (donc d'écologique);
- Pour finir, il est même des pays où la Bio se dit "Organic" et où elle se pratique hors sol (en hydroponique). Tant et si bien qu'on commence à sérieusement en parler par ici dans la mesure où...un peu de terre dans un petit pot dans lequel on a planté peut tout à fait être alimenté par un liquide nutritif et ainsi, ô belle intelligence que voilà, on ne nourrit pas la plante mais...le sol donc respect du cahier des charge AB -CQFD !-.
Je m'arrête là pour le portrait au vitriol, certifié AB.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Kalypso sur ses remarque sur l'A. Bio. Un produit Bio doit être composé d'ingrédients Bio à une petite nuance près (les aromates non bio sont tolérés ou l'étaient jusque Mars 2012, je crois). Les OGM ne le sont pas (les 1% ne sont pas dans le cahier des charges AB, mais dans le cahiers des charges de l'agriculture en général qui lui est supérieur) mais finiront par l'être parce que il n'y aura bientôt plus le choix, vu que c'est pas une loi qui va les empêcher de passer d'un champs conventionnel à un champ Bio. Tu me détromperas Kalypso si j'interprète mal ta pensée (je ne détiens aucune vérité et tout ce que je dis est contestable, ne traduit que mon expérience et ma pensée... mes imperfections et approximations).
Néanmoins, il est vrai que l'état des lieux de l'A. Bio est (peut-être) très décevant... en même temps, il reste nettement supérieur à celui de l'agriculture conventionnelle... et il ne faut pas jeter la pierre aux agriculteurs car en dehors de ceux qui y vont par effet d'aubaine (de plus en plus nombreux) l'essentiel des producteurs est conscient des limites de ses modes de productions et cherche honnêtement (...) à améliorer ses techniques.
Bref, j'ai largement dérivé (et en même temps je suis loin d'avoir couvert le sujet). Toujours est-il que selon tes attentes tu pourrais très vite étouffer, voir décrocher dans une telle formation. Néanmoins si tu ne viens pas d'un milieu agricole, c'est une porte d'entrée qui te permettra si tu es capable de jouer le jeu jusqu'au bout de décrocher le sésame. Car le diplôme c'est la possibilité d'avoir le statut d'exploitant agricole (pour les subventions et prêts bonifiés afférents il faut avoir moins de 40 ans à ce jour, mais çà va changer).
Donc ce peut être une aubaine, d'autant plus si comme d'autres

tu n'as pas le sou pour te payer une formation en permaculture, si tu souhaites pouvoir apprendre les bases de l'agriculture voire te retourner vers une activité rentable en cas d'échec d'un projet permaculturel économiquement viable. Parce qu'à ce jour, en France en particulier, en maraîchage, ils ne sont pas si nombreux les projet qui ont durablement aboutis... et je serais ravis d'être détrompé sur le sujet.
Pour te chiffrer çà avec les témoignages que j'ai pu obtenir à ce jour et recouper, tu peux considérer qu'une exploitation maraichère peut tenir avec 1 UTH (1 travailleur à temps plein) pour 1 à 1,5 ha. En technique permacole / non labour / butte /etc. (façon Soltner on dira) on considère que 1 UTH peut gérer 0,5 ha, soit un manque à gagner de 0,5 à 1 ha pour assurer la rentabilité d'une exploitation. Tout ceci est à nuancer avec de nombreuse variables (moyens de production, techniques utilisées, surface exploitée, type de production, etc.). çà en fait beaucoup, je suis désolé mais nous en sommes vraiment par ici aux balbutiements et il est déjà difficile de chiffrer l'A. Bio (çà commence à venir) alors le reste...
D'ailleurs les rares maraichers ouverts à ce genre de comparaisons disent qu'une personne souhaitant travailler ainsi (sans intrant/travail du sol/etc.) ne serait pas un maraicher, mais un jardinier qui ne fera au mieux que du grand jardin, et ce n'est pas toujours/nécessairement péjoratif, dans leur bouche : ils estiment que ce sont là deux activités différentes. Je suis plutôt de cet avis moi aussi. On peut opérer la même nuance en distinguant un agriculteur d'un paysan...
Espérant ne pas trop saper, ce n'est pas le but du fil, juste de cadrer les choses car la déception peut-être très grosse... D'ailleurs, j'ai emprunté cette voie et je ne regrette rien, elle me conforte jour après jours dans mes choix actuels. Donc accroches-toi si tu choisis ce chemin et plein de bon énergie sur toi, je serai toujours par là pour t'en redonner au besoin !
N.B. : permacole, permaculturel, etc. n'hésitez pas à me reprendre sur les mots et leur juste utilisation.